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Artension

2008

Aude Ambroggi


Envoûtantes fixités



"Les peintres ont déjà tout fait. Seules les interprétations, les narrations sont différentes. En aucun cas je ne me sens nouvelle, surtout pas!’ »


Par Françoise Monin


Il est loin, le temps des avant-gardes soucieuses de faire table rase du passé: la jeune génération actuelle revendique une mémoire longue, une inscription dans l'histoire.

Dévorant les collections des musées, les reproductions de chefs d'œuvre dans les bibliothèques et sur internet, Ambroggi aime l'histoire de l'art. Elle y repère notamment les fresques de Fra Angelico, les peintures de Beckmann, les photographies de Diane Arbus, tout ce qui dit le monde avec lucidité mais tendresse.



Forte tête


Ambroggi n'a pas la grosse tête, mais elle l'a forte. Peindre, pour elle, est d'abord un moyen de demeurer indépendante. «Cette profession offre tellement de liberté. Pas de bureau. Pas d'ordres. C'est très simple ». Chaque matin, dans l'atelier, lorsqu'elle empoigne ses batons de fusain et de pastel sec, la jeune femme éprouve un plaisir comparable à celui qu'elle goûtait, a dix-sept ans déjà, lorsqu'elle arpentait des pays improbables, en la seule compagnie d'une amie. Inde, Pakistan, Sri Lanka..


Deux ans plus tard elle vivait au Mexique, avec un artiste et aulcontact d'intellectuels rêvant d'une Amérique latine populaire et fraternelle. De retour en Europe, elle souhaita entrer aux Beaux-Arts. Sa famille l'en dissuada momentanément. Elle étudia la criminologie, en profita pour dessiner et dessiner encore, des visages inquiets, suspecte. Des faces indicibles, secrètes.

Quatre ans plus tard, elle entrait finalement en école d'art, à Londres, et c'est surtout la sculpture qui l'attirait. De pierres aux reflets étranges, en procédant par taille directe, elle fit surgir de longues faces aux yeux très ronds, sages mais vives.



Sublime intimité


Depuis qu'elle s'est installée à Paris, Ambroggi dessine, en couleurs et en très grands formats. Inspirées par des sculptures romanes ou des peintures symbolistes, des planches scientifiques consacrées à l'animal ou au végétal ou encore des albums de photographies de famille, les figures surgissent avec une fixité troublante. Métamorphosées et imbriquées, à la manière des souvenirs dans les rêves, des motifs dans les rébus, elles envoûtent et intriguent. Entre les personnages mis en scène, des silences définitifs mais des relations intenses: les corps sont tendres, les regarde, opaques, les attitudes, figées, le décor, en apesanteur.


La complexité des liens affectifs, la force de la mémoire, le pouvoir du rêve, la réalité de la solitude, la mélancolie de l'innocence, tout ce qui constitue l'intimité est ici sublimé. Ligne claire, matière mate, palette subtile, l'ensemble, à la fois limpide et ouaté, célèbre l'évidence du mystère. Tout, simultanément, nous caresse et nous transperce.

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