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Terra Corsa

2008

Aude ambroggi


D'une île à l'autre


Peintre et sculptrice, Aude Ambroggi a vécu un peu partout dans le monde. Mais elle a toujours entendu l'appel de la Corse et conserve ce besoin vital d'y retourner régulièrement. Aujourd'hui, elle vit à Paris et rentre dès que possible : "La maison est là-bas, pas à Paris"…


C'est sur une île, au cœur de Paris, que peint la jeune artiste.

Insulaire elle est, insulaire elle reste. L'eau la protège sans doute de toutes ces sensations auxquelles elle est si réceptive. Elle a aménagé son atelier dans le soubassement d'un bel immeuble parisien et, par son soupirail, elle voit passer des passants tronqués…


Les jambes sans la tête. Les corps sans le regard. Tant pis pour ses oeuvres, elles vivront plus tard.


Sur de grands formats, Aude Ambroggi dessine des personnages au pastel avec une sensibilité telle que l'on a l'impression de pénétrer un peu leur intimité. Sur le chevalet, une grande pièce, « Mind Genesis», que l'on pourrait traduire par « la genèse de l'esprit », représente Aude enfant à dos d'âne et Aude adulte proche de l'enfant, un peu comme dans une Maesta. Les pierres grises, les feuilles d'aloès, le ciel et le sable semblent figurer un décor typiquement insulaire conforté par la présence du petit sumeru (âne). Sur le côté gauche, l'œuvre est fermée par deux anges, à la manière de ces Vierges à l'Enfant de Cimabue ou Giotto, dont le trône est entouré d'anges aux ailes colorées rempliées L'un souffle dans une trompe. l'autre tourne le dos à la scène ; entre eux,

une licorne blanche.


"Il y a un appel"


Aude Ambroggi ne prépare pas ses toiles par des esquisses, elle pose ce qui vient sur la toile et obtient des résultats très forts. Dans « Mind Genesis », on peut voir une belle métaphore de la naissance d'une femme, une artiste, construite par une enfance liée à la Corse.


Car si Aude est née au Kenya et y a vécu, ainsi qu'en Tanzanie, en Côte-d'Ivoire ou en Angleterre, elle demeure profondément liée à la Corse, et depuis toujours. "Les origines sont à Aullène, en Alta Rocca, précise-t-elle. A partir de 24 ans, mes retours ont été plus fréquents. Avant je vivais trop loin pour que ce soit régulier".

Aude a plus souvent vécu dans des pays anglophones que francophones, suivant son père - chimiste chez un géant du soda - dans ses déplacements professionnels.


Elle ne vit en France que depuis sa rencontre avec l'acteur Daniel Auteuil, qu'elle a épousé à Porto-Vecchio en 2006. Sa sœur est en Australie, son frère et ses parents en Corse, ce qui la motive plus encore pour rentrer régulièrement. " Il y a un appel, dit-elle, c'est dans les tripes. L'émotion est tellement intense que ça fait penser à L'Appel de la forêt ". Quant à Daniel Auteuil, amoureux de la Corse depuis longtemps, il semble comblé d'avoir associé amour de l'ile et amour tout court.


De la criminologie à la sculpture


A Paris, Aude est à son art. Un métier qui l'a rattrapée après un parcours pour le moins atypique.

Si la sculpture est une ancienne passion, c'est la criminologie qui l'y emmenée. Enfant, elle sculptait dejà, mais ses parents ne tenaient pas à la voir s'orienter vers un métier de " crève-la-faim "… La jeune femme a donc fait trois années d'études de criminologie et sociologie

en Angleterre et a travaillé, entre autres, sur la reconstitution de visages, grâce au modelage, à partir de squelettes. Une discipline très bien enseignée outre-Manche.


Cette partie de sa formation l'a confortée dans sa passion de la sculpture. Malgré son désir d'être une Jodie Foster dans Le Silence des agneaux, elle a dû renoncer à intégrer les services de criminologie d'Angleterre et des Etats-Unis. Aude s'est dirigée vers l'art, un domaine qui présente plus d'affinités avec sa très grande sensibilité.


C'est son métier depuis quatre ans. Fascinée par la sculpture et la pierre, elle dessine comme une sculptrice, en partant des volumes pour arriver à la forme finie. Sa technique du pastel est belle et sa sculpture est forte.


Toujours pleine de bonnes résolutions, elle admet qu'elle part touiours en Corse avec ses couleurs, mais qu'elle ne peut pas y travailler : " Là-bas, les pierres sont déjà toutes sculptées ; que puis-je faire de plus ? Mon mari et moi partons toujours avec du travail, mais c'est difficile de travailler en Corse. Si je veux peindre, je me mets face à un mur pour ne pas me laisser déconcentrer par la beauté des paysages. C'est difficile pour les Corses de représenter la Corse, car il y a quelque chose de sacré »…

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